Vous voulez créer ou reprendre une entreprise aux États-Unis. La question du visa arrive immédiatement, et les informations qui circulent sont souvent contradictoires. Trois voies dominent pour un entrepreneur français : le E-2, le L-1 et le EB-5. Elles ne répondent pas au même projet, elles n’engagent pas les mêmes montants et elles ne mènent pas au même statut. Cet article compare les trois, explique les conditions réelles de chacune et détaille les erreurs qui font échouer les dossiers au consulat.

Visa pour créer une entreprise aux États-Unis : trois voies, trois logiques

Les États-Unis ne délivrent pas de « visa entrepreneur » générique. Chaque catégorie répond à une situation précise.

Le E-2 s’adresse à l’investisseur qui crée ou rachète une société américaine et vient la diriger. Il repose sur le traité de commerce et de navigation signé entre la France et les États-Unis. C’est un visa non immigrant : il ne conduit pas directement à la carte verte.

Le L-1 concerne le transfert intra-entreprise. Vous dirigez déjà une société en France et vous ouvrez une filiale, une succursale ou une entité affiliée aux États-Unis. Le visa vous permet d’aller y exercer.

Le EB-5 est une voie d’immigration économique. L’investisseur obtient une carte verte conditionnelle en échange d’un investissement créateur d’emplois.

Le choix ne dépend pas du budget disponible. Il dépend de la structure du projet et de l’objectif poursuivi : s’installer quelques années ou s’établir définitivement.

Le visa E-2, la voie la plus utilisée par les entrepreneurs français

Le E-2 exige un investissement substantiel dans une entreprise américaine réelle et active. Point souvent mal compris : aucun montant minimum n’est fixé par la loi. L’administration apprécie le caractère substantiel au regard du coût total du projet.

En pratique, les dossiers solides démarrent rarement en dessous de 100 000 dollars. Un fonds de commerce à racheter à 400 000 dollars ne se défend pas avec 60 000 dollars investis. La proportionnalité compte davantage que le chiffre brut.

Trois conditions structurent le dossier :

  • L’investisseur détient au moins 50 % de la société ou en assure le contrôle opérationnel. Un placement passif ne qualifie pas.
  • Les fonds sont réellement engagés et exposés au risque. Un compte bancaire alimenté sans dépense engagée ne suffit pas.
  • L’entreprise génère plus qu’un simple revenu de subsistance pour l’investisseur et sa famille, ou démontre qu’elle y parviendra.

Le visa se renouvelle sans limite tant que l’entreprise reste opérationnelle. Le conjoint peut, sous réserve des règles en vigueur, obtenir une autorisation de travail. Le délai global de traitement se compte en mois, entretien consulaire compris.

Le visa L-1, quand une société française existe déjà

Le L-1 suppose un lien capitalistique entre votre société française et l’entité américaine. Maison mère et filiale, société et succursale, ou deux sociétés sous contrôle commun : le lien doit être documenté.

Le candidat doit avoir travaillé pour la société française pendant au moins un an au cours des trois années précédentes. Le poste occupé détermine la sous-catégorie. Le L-1A vise les dirigeants et cadres. Le L-1B vise les salariés détenant une connaissance spécialisée.

Cette voie présente un avantage stratégique réel : le L-1A ouvre une passerelle vers la carte verte par la catégorie EB-1C, sans investissement supplémentaire. Elle exige en contrepartie une structure de groupe cohérente et une activité française qui continue de tourner.

Le visa EB-5, l’investissement qui mène à la carte verte

Le EB-5 est encadré par la loi de 2022 dite EB-5 Reform and Integrity Act. Les seuils applicables sont clairs :

  • 800 000 dollars pour un projet situé en Targeted Employment Area, c’est-à-dire une zone rurale, une zone à fort chômage ou un projet d’infrastructure.
  • 1 050 000 dollars pour tout autre projet.

L’investissement doit créer au moins dix emplois à temps plein pour des travailleurs américains dans les deux ans. L’origine des fonds doit être tracée jusqu’à une source licite, ce qui constitue en pratique la partie la plus lourde du dossier.

Deux structures coexistent. L’investissement direct dans une société que vous gérez vous-même. Ou l’investissement via un Regional Center agréé, qui permet de comptabiliser les emplois indirects et induits, mais qui vous place en position d’investisseur passif.

Le processus passe par une pétition I-526, puis une carte verte conditionnelle de deux ans, puis une pétition I-829 pour lever les conditions.

Quel visa choisir selon votre projet

Votre situation Voie adaptée Point de vigilance
Vous créez ou rachetez une entreprise et vous la dirigez E-2 Ne mène pas à la carte verte
Vous ouvrez une filiale de votre société française L-1 Le lien capitalistique doit être solide
Vous cherchez la résidence permanente EB-5 Traçabilité intégrale des fonds
Vous voulez commencer léger puis vous établir E-2 puis EB-5 Anticiper la transition dès le départ

Les erreurs qui font échouer un dossier

Investir avant d’avoir structuré le dossier. Beaucoup d’entrepreneurs virent les fonds puis consultent. Les dépenses engagées sans logique documentaire deviennent difficiles à valoriser.

Confondre visa de résidence et statut fiscal. Obtenir un visa américain ne règle pas votre situation vis-à-vis de l’administration française. Les deux analyses sont séparées.

Sous-estimer le business plan. Le consulat évalue la viabilité économique, pas l’enthousiasme du porteur. Projections chiffrées, marché adressé, calendrier d’embauche : chaque élément doit tenir.

Négliger le droit de l’État d’implantation. Le droit fédéral fixe le cadre migratoire. Le droit de l’État fixe le régime de la société, la fiscalité locale et le droit du travail applicable. Le Delaware, la Floride et la Californie ne se ressemblent pas.

Accepter un montage d’emploi fictif. Certaines offres promettent un sponsoring de complaisance. La qualification est frauduleuse et expose à une interdiction de territoire de longue durée.

Structurer le projet avant de déposer

Le choix du visa découle du montage juridique, pas l’inverse. Forme sociale, répartition du capital, origine des fonds, contrats de travail : chacun de ces éléments conditionne la recevabilité du dossier migratoire et le coût fiscal de l’opération.

Le cabinet MS2V, inscrit au Barreau de Paris, accompagne les entrepreneurs et investisseurs français dans leurs implantations à l’étranger, en droit des affaires comme en fiscalité internationale. Nos avocats interviennent en amont du dépôt, au stade où les arbitrages sont encore ouverts.

Vous préparez une implantation aux États-Unis ? Contactez le cabinet pour un premier échange sur la structuration de votre projet.